Polyaquaculture Research Unit
L'Holothuriculture


Introduction

Les holothuries, communément appelées concombres de mer, sont des invertébrés marins du groupe des échinodermes ; ils coexistent avec les étoiles de mer et les oursins. On dénombre quelque 2.000 espèces d’holothuries ; elles s’observent dans tous les océans, de la zone littorale aux profondeurs les plus extrêmes. Elles sont très diversifiées dans les récifs coralliens et les biotopes qui leurs sont associés (lagons, herbiers à phanérogames) mais elles sont également très abondantes dans les abysses où elles constituent plus de 90% de la biomasse.  
 
Les holothuries font partie des principaux bioturbateurs de sédiments : elles sont aux sédiments marins ce que les vers de terre sont aux terres émergées. La plupart des holothuries sont en effet des détritivores : elles ingèrent le substrat et en retirent les éléments nécessaires à leur croissance. Les holothuries agissent en transformant la matière organique morte des substrats en tissus vivants et en régulant les populations de microorganismes qu’ils renferment. Certaines holothuries s’enfouissent dans les substrats et, par ce comportement, elles permettent aussi l’oxygénation des couches sédimentaires profondes qui sont plus réduites.  
 
Outre leur importance écologique, les concombres de mer représentent une ressource économique appréciable pour de nombreuses populations. Depuis plusieurs siècles, les habitants d’Extrême Orient, en particulier les Chinois, se nourrissent d’holothuries dont une cinquantaine d’espèces sont exploitées de façon commerciale. Le trepang (holothuries séchées) est considéré dans ces pays comme un met de choix ayant de nombreuses vertus pour la santé des consommateurs. Dès la dynastie Ming (1368-1644), ils ont été considérés comme un tonique alimentaire. Auparavant, ils étaient consommés par des personnes assez riches pour se payer ces délicatesses alors que dans les classes populaires, ils garnissaient les tables pendant les périodes festives telles que le Nouvel An chinois. Plus récemment, Chinois et autres peuples d’Asie ont commencé à consommer des holothuries plus régulièrement, en raison de l’augmentation relative de leur niveau de vie et donc de la possibilité pour eux d’acheter ces fruits de mer qui, dans le même temps, ont vu leur prix se démocratiser. L’attrait des peuples asiatiques pour les concombres de mer vient du fait qu’ils sont convaincu de leur grande valeur nutritive et de leurs vertus qui aideraient à combattre une panoplie de maux et de maladies : une alimentation à base de concombres de mer réduirait la fatigue, les douleurs articulaires et l'arthrite, elle aiderait à restaurer les fonctions intestinales et urinaires défaillantes, à renforcer le système immunitaire des consommateurs et ils agiraient aussi comme aphrodisiaques. Ces nombreuses vertus seraient dues à la présence de biomolécules actives tels que des triterpènes glycosides, divers peptides et des acides gras essentiels. Des essais pharmacologiques récents utilisant des modèles murins, principalement réalisés par des groupes de recherches chinois et japonais, viennent étayer les effets thérapeutiques de ces molécules qui, en fonction des espèces et des méthodes d’extraction, se sont révélées être des anti-angiogéniques, des anticoagulants, des hypotenseurs ou des anti-inflammatoires.  
 
Les concombres de mer sont pêchés dans les océans Pacifique, Indien et Atlantique, en particulier dans les régions tropicales. La plupart de ces pêcheries existent depuis des siècles ; celles d'Asie, des îles du Pacifique et de l'Océan Indien sont les plus anciennes. Les principaux centres d'importation sont Hong Kong, Singapour et Taiwan qui réexportent la majorité de leurs imports vers la Chine et les pays où résident des populations chinoises. L’exportation des produits frais ou congelés existe mais c’est principalement sous forme séchée que se retrouvent exportées les holothuries : une fois pêchées, elles sont éviscérés et leur chair est lavée et traitée (au sel, à l’eau bouillante et à la chaleur) pour devenir le produit exporté alors appelé trépang ou bêche-de-mer. Au bout de la chaine commerciale, le marchand chinois vend ce trépang qui est réhydraté par le consommateur pendant plusieurs jours avant de se retrouver dans des plats en sauce ou dans des soupes. Les concombres de mer sont également utilisés en Malaisie dans une large gamme de produits incluant des préparations à vertus curatives, des gelées ou crèmes pour le corps, des shampoings et des dentifrices.  
 
Le volume total des récoltes mondiales est difficile à estimer car le commerce des concombres de mer est très obscur et les statistiques peu fiables. Les chiffres obtenus mélangent en effet exportations de produits séchés, salés ou congelés, leur poids variant alors du simple au décuple. Le total des prises mondiales de concombres de mer est de l'ordre de 100.000 tonnes d'animaux vivants/an ce qui correspond grosso modo à 10.000 tonnes/an de trépang exporté vers les marchés asiatiques pour une valeur totale de 130 millions de dollars. Le prix de la bêche-de-mer varie considérablement en fonction des espèces, de la taille de l'animal pêché et de la qualité du traitement du produit en trépang. L’holothurie des mers tempérées bordant la Chine et le Japon, l’Apostichopus japonicus, est l’espèce la plus chère : elle se vend plus de 300 USD/kg sec au bout de la chaine commerciale. L’holothurie des mers tropicales, Holothuria scabra, aquacultivée par Madagascar Holothurie est également très chère et peut se vendre plus de 200 USD/kg sec.  
 
La demande croissante de bêches-de mer sur les marchés asiatiques, l'exploitation effrénée des populations naturelles d’holothuries et l'insuffisance de la gestion de leur pêche font que les espèces de grande valeur, tel l’Holothuria scabra, ont été éradiquées ou sont proches de l’être dans de nombreux pays. Les holothuries sont des organismes particulièrement vulnérables à la pêche intensive car le renouvellement naturel de leurs populations est faible comparé à la facilité de les pêcher. La conservation et la gestion des holothuries font aujourd’hui partie des priorités de nombreux pays insulaires des Océans Indien et Pacifique, conscients de l’importance que jouent ces animaux dans les écosystèmes marins et dans l’économie des communautés de pêcheurs. La vulnérabilité des populations de concombres de mer et le risque de perte de productivité ont conduit à l’organisation du plusieurs ateliers internationaux et régionaux regroupant experts scientifiques, acteurs politiques et secteur privé. Suite à ces travaux, la FAO a publié divers rapports comprenant des documents techniques et des recommandations pour la gestion des pêcheries. La Convention sur le commerce international des espèces menacées de faune et de flore sauvages (CITES) a également organisé un atelier technique en fournissant les justifications scientifiques pour supporter la nécessité immédiate de conservation et d'exploitation durable des concombres de mer.  
 
Pêchées auparavant, les holothuries sont maintenant aussi aquacultivées. Depuis une bonne vingtaine d’années, la Chine a en particulier développé une holothuriculture intensive de façon telle que la production en élevage dépasse de dix fois le tonnage obtenu par les pêcheries. Dans la seule province de Liaoning, la superficie des élevages en mer dépasse 50.000 hectares qui produisent quelque 6.750 tonnes de trépang/an qui s’additionne au 10.000 tonnes/an importées. Malgré l’énorme productivité de leurs fermes d’élevage, la demande est telle que la Chine importe du trépang exotique tel celui provenant de l’Holothuria scabra.  
 
L’élevage d’Holothuria scabra et les réalisations effectuées à Madagascar  
 
L’élevage d’Holothuria scabra s’effectue en trois étapes au cours desquelles se développent les individus aux stades larvaire, juvénile et adulte. Le développement larvaire s’effectue entièrement en écloserie. Les embryons sont obtenus par fécondations in vitro. Le développement des embryons dure deux jours. Ils donneront naissance à diverses larves qui se succèderont (Auricularia, doliolaria et Pentactula) et qui finiront par se métamorphoser 15 jours après les fécondations. Le développement larvaire s’effectue dans des bacs d’élevage, les larves étant nourries d’algues phytoplanctoniques. Durant une période de deux mois et demi, les individus issus des métamorphoses larvaires sont élevés sur les parois des bacs d’élevage : ils restent en écloserie jusqu’à ce qu’ils atteignent une taille de 2 cm de long, les individus sont alors appelés juvéniles et sont transférés vers la ferme de grossissement. Le développement des juvéniles s’effectue dans les bassins de pré-grossissement qui contiennent une couche de sédiment récolté dans la zone des herbiers à phanérogames marines. Ils y séjournent entre 2 à 3 mois pour atteindre une taille de 6 à 8 cm de long. Les H. scabra de cette taille sont susceptibles de mieux résister aux diverses contraintes environnementales. Ils sont ainsi transférés dans des enclos préalablement installés en milieu ouvert et y séjournent jusqu’à leur taille commerciale (supérieure à 400g). Cette taille est atteinte en 8 à 10 mois. En tout, l’élevage d’H. scabra dure de 13 à 16 mois.  
 
Le 22 avril 2008, « Madagascar Holothurie », société anonyme de droit malgache voit le jour. Le but de « Madagascar Holothurie » était tout d’abord d’optimaliser les installations qui, de quelques centaines d’holothuries produites à la fin de la phase de recherche en 2008, devait permettre de produire une centaine de milliers d’individus. Il s’agissait aussi de travailler le produit fini, le trépang, dont le prix varie fortement sur les marchés asiatiques en fonction de la qualité du traitement.  
 
Grâce à la mise en fonction de Madagascar Holothurie S.A. et des fonds du projet ReCoMap (Regional Coastal Management Programme of the Indian Ocean Countries) de la Commission de l’Océan Indien permettant à deux ONGs de la région de Toliara, Blue Ventures et TransMad, ont permis d’initier les premières fermes familiales de grossissement d’holothuries au sein des villages côtiers. Pendant trois années, de 2008 à 2011, la totalité de la production de juvéniles de 6 cm, soit 100.000 individus/an, a été envoyée vers huit villages répartis sur 200 km de côte faisant travailler plus de 80 personnes. Tout en gardant leur occupation de pêche traditionnelle, les villageois deviennent ainsi des aquaculteurs en s’occupant de la dernière phase du développement des concombres de mer, celle qui s’effectue en enclos en mer. Ils revendent ensuite les individus à « Madagascar Holothurie » en fin de grossissement et peuvent ainsi dégager à la revente un revenu mensuel de 100 euros dans un pays où un technicien de base en gagne 80 ! Sans engranger de bénéfices pour l’instant, « Madagascar Holothurie » maîtrise à présent les paramètres de production et les données concernant les frais d’investissement, de personnel et de fonctionnement pour atteindre un seuil de rentabilité appréciable.  
 
Madagascar Holothurie est maintenant entrée dans une société nouvelle et plus importante « Indian Ocean Trepang » dont le but est de produire plusieurs millions d’H. scabra en élevage. « Indian Ocean Trepang » travaillera avec les communautés locales de pêcheurs et permettra à plus de 300 familles de pêcheurs de se lancer dans l’aquaculture.  
 
Le projet « Polyaquaculture Research Unit » et le partenariat avec Madagascar Holothurie et Indian Ocean Trepang 
 
L’objectif global de ce partenariat est de permettre le développement de la polyaquaculture dans les villages côtiers à Madagascar. Il vise à former des pêcheurs à l’aquaculture d’algues et de coraux en plus de la formation d’holothuriculteurs qu’ils ont déjà eue. Le projet permet le soutien scientifique au développement de ces pratiques dans la région de Toliara et d’Antsiranana. Il vise, en partenariat avec Madagascar Holothurie et Indian Ocean Trepang, à développer de nouvelles ressources aquacultivables tels que de nouvelles algues et de nouvelles holothuries. 
OFFRES DE STAGE
Deux stages sur le thème: « Analyse des transformations et des dynamiques économiques sur le littoral vezo »

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